Rencontres montréalaises - Laurie Paquet, de la Beauce à Montréal

Que l’on soit réunionnais, français, marocain ou chinois, s’installer dans un nouveau pays demande un peu de courage, un grand sens de l’adaptation et un esprit ouvert. Mais souvent, la difficulté est de ne plus se sentir comme un étranger. Certes, Montréal est une ville cosmopolite où toutes les ethnies, les religions, et même les classes sociales, se croisent et se côtoient. Malgré cela, on peut facilement penser que cette impression ne nous quittera jamais. Et pourtant, même un québécois de naissance peut aussi se sentir étranger quand il quitte la région où il a vu le jour pour aller vivre dans une autre ville. 

C’est en rencontrant les gens qu’on se découvre des sensations, des émotions et des points communs. C’est en allant à la rencontre de ses « immigrés » de terrains ou de circonstances, en apprenant plus sur ces personnes, qu’on apprend un peu plus sur soi, et qu’on se sent moins seul. Alors, on réalise que nous sommes un seul et même « peuple montréalais », que ce soit pour quelques années ou pour toujours. 

Je viens ici vous parler de ces personnes et vous raconter leur histoire et leur parcours. Qu’on soit réunionnais, français, marocain, chinois ou, même québécois, quitter sa maison d’origine est toujours une épreuve, mais une épreuve de changement. Car quelque soit la route que l’on choisit, l’important est de trouver sa place dans ce monde. Et c’est bien là que l’on se retrouve chez soi.
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Laurie est une jeune femme québécoise née à St-Georges, dans la région de la Beauce, une ville de 40 000 habitants où elle a grandi dans une famille aimante et proche de la nature, apprenant à faire pousser les légumes du jardin, dans une culture exclusivement francophone.

Les rares amies filles avec lesquelles elle partageait son adolescence, parfois un peu dans l’ombre de son frère qu’elle accompagnait souvent aux matchs de hockey, n’effaçaient pas le malaise grandissant de vivre dans une petite ville où les rumeurs et les jugements font partis du quotidien. Bien qu’elle aime les gens de sa région, un matin elle s’est dit : « C’est assez, je m’en vas ! J’ai besoin de changement, je ne vais pas passer toute ma vie à une place où les esprits sont un peu moins ouvert à tout ce que t’offre le monde». 

Son diplôme de secondaire en poche, elle débarque à Montréal à 17 ans. « En arrivant, j’ai eu l’impression de me découvrir, c’était libérateur ! Pourtant, je me sentais comme n’importe quelle étrangère ! Tout le monde me demandait d’où tu viens ? C’est quoi ton accent ? Que je vienne de Kuala Lampur, Tokyo, Paris ou tout simplement du Saguenay, j’étais différente, je n’étais pas encore une montréalaise. Et il n’y avait rien de négatif à ces questions, c’est juste de la curiosité, une saine curiosité. » 

Bien sûr, il lui a fallu s’adapter à tous ces changements. En Beauce, il n’y a pas de transports en commun, par exemple, et l’esprit de collectivité est très différent. Bien que ce changement fût moins radical à l’ouest de la ville qu’au centre, dans le quartier de Langelier-Hochelaga, plus semblable à un village. « J’ai passé un an au Cégep de Montréal, avec ma bourse. J’avais une vie d’étudiante typique, entre les cours et les sorties. Avec mes colocataires, on allait voir beaucoup d’expos, je m’enrichissais. Je n’avais jamais appris à donner mes opinions sur de multiples sujets, cela m’a permis de surmonter la difficulté de rédiger des dissertations aux études. » Études en sciences humaines qui, finalement, l’ont moins convaincue que l’expérience de la vie

« Évidemment, j’étais innocente, je me suis fais bernée, j’étais étonnée de tellement de choses. Par exemple, le rapport est plus direct avec les hommes ici qu’en région. Ils te disent clairement que tu leur plais, et je n’avais jamais vécu ça auparavant. Je faisais aussi un décompte de toutes les vedettes que j’avais vu à la télévision et que je croisais dans la rue. Je me suis vite adaptée à l’anglais en regardant des séries à la télé, et bien que ce ne soit pas omniprésent à Montréal, mais j’ai toujours eu des facilités avec les langues étrangères. Et malgré la grandeur de la ville, je me suis vite sentie chez moi, avec cette formidable sensation que des centaines d’opportunités étaient accessibles et que je n’avais qu’à suivre mon instinct pour en profiter !» 

À suivre son instinct et ses désirs de création et convivialité, Laurie s’est vite tournée vers la cuisine, a obtenu un DEP en pâtisserie, pour acquérir les exigences du métier, et a affirmé ses compétences dans des petites et des grandes entreprises. C’est à cette période qu’elle a pris toute son indépendance, et une conscience des avantages de la ville. 

« Ici, on peut aller en pyjama chez le dépanneur à n’importe quelle heure de la nuit, on peut prendre le métro sans se sentir jugée pour les vêtements que l’on porte. Oui, c’est un très gros village mais on a la paix. » Aujourd’hui, Laurie est une femme épanouie dans la trentaine, qui vit avec son compagnon Kim, depuis 6 ans et leur petite fille Léona. Elle est responsable de la cuisine dans l’entreprise familiale d’un traiteur italien sur Mont-Royal. 


Après une décennie de cette vie urbaine, le changement vient l’attirer de nouveau : élever sa fille à la campagne ou dans une grande maison serait plus équilibrant. « Je me situe entre la hippie et Martha Stewart ! » dit-elle avec une touche d’humour malicieux. « J’aime l’organisation, la structure et me projeter dans mes ambitions, mais m’occuper d’une plante ou d’un jardin me remet les idées en place. Tout comme quand je cuisine, je ne peux pas ignorer les bases, je veux connaître l’origine des aliments et même le producteur qui fait le jambon, par exemple. » Et lorsqu’on demande à Laurie de faire un bilan de ces 15 années à Montréal, elle conclut : « Intuition. Montréal est une ville intuitive qui s’harmonise avec mon intuition. » Une intuition bénéfique en somme.

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CHRONIQUEUR
Installé à Montréal depuis deux ans, Richard est un autodidacte atypique grand consommateur d'arts populaires. Photographe, rédacteur, acteur, chanteur et réalisateur, il ne s'éparpille pas mais est multi-passionné.
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